Le 2.0 : un facilitateur et un accélérateur de l’entreprise apprenante

Cinq questions sur « L’entreprise apprenante à l’ère du 2.0 » à Annick GENTES-KRUCH.
Entrée dans le Groupe PSA Peugeot Citroën en 1979, elle est aujourd’hui Directeur de la Corporate University PSA Peugeot Citroën.
Annick GENTES-KRUCH participera à la Conférence EFE « L’Entreprise apprenante à l’ère du 2.0 » les 20 et 21 novembre prochains.

1.    Comment définiriez-vous l’entreprise apprenante à l’ère du 2.0 ? Qu’est-ce qui doit  ou va changer ?

Les technologies du 2.0 apportent une nouvelle dimension à l’entreprise apprenante en ce sens qu’elles permettent aux apprenants, à travers l’usage des réseaux sociaux, des blogs… de se constituer en communautés avant, pendant et après les périodes d’apprentissage. Ce sont donc des nouveaux lieux d’apprentissage pour l’entreprise et ses collaborateurs.

Le 2.0 est à la fois un facilitateur et un accélérateur de l’entreprise apprenante. Facilitateur d’abord, puisqu’il permet la mise en réseau quasi instantanée d’un groupe ou d’une communauté sur un ou des sujets partagés.
Accélérateur, ensuite, en permettant les retours d’expériences et les mises en pratiques grâce au collaboratif et aux communautés d’apprenants.

2.    Avez-vous noté dans votre entreprise de nouveaux modes d’apprentissage liés à l’émergence des comportements 2.0 ?

Nous avons la volonté d’accélérer la mise en œuvre de ces nouveaux modes d’apprentissages liés au 2.0.

Sans remettre en cause fondamentalement les formats d’apprentissage traditionnels, nous avons dû développer le format « blended » plus que nous ne l’avions imaginé. En effet le contexte actuel nous pousse à nous saisir des opportunités offertes par les nouvelles technologies pour maintenir une large couverture géographique et couvrir l’ensemble de nos collaborateurs.

Concrètement, cela aboutit à la mise en place de communautés d’apprenants pour maximiser les apprentissages selon la règle des « 70-20-10 ».

Chez PSA, nous devons nous adapter à une très forte demande sur ce plan. Certains de nos managers ont ainsi crée d’eux mêmes leur propre communauté quand la possibilité ne leur était pas donnée de la créer avec un outil « maison ».

Les comportements 2.0 au sein de l’entreprise battent ainsi en brèche les formats d’apprentissage traditionnels et nous poussent à généraliser l’usage du « blended ». 

Nos programmes d’apprentissage s’articulent désormais autour d’un e-learning amont consacré à la théorie, d’une session présentielle pour échanger sur ce que l’on a appris et d’un suivi expérientiel entre pairs par le biais de la communauté.

Ainsi, nous répondons à une double contrainte : la généralisation de comportements 2.0 et le contexte économique qui fait que nous pouvons plus mobiliser des collaborateurs des quatre coins du globe pendant 3 jours en présentiel pur.

L’évolution des modes d’apprentissage est donc très liée aux nouveaux comportements des collaborateurs et aux nouvelles opportunités technologiques.

 

Avec en plus, la difficulté de créer des outils de qualité égale à ceux existants hors de l’entreprise puisque nos plus jeunes collaborateurs sont des usagers de Facebook, de Twitter qui sont des outils d’une qualité exceptionnelle.

Je crois que l’entreprise doit avoir ce même niveau d’exigence : pouvoir créer et animer aussi facilement une communauté que sur Facebook par exemple. Or, nos DSI ne sont pas toujours prêtes à développer ce genre d’outils car il s’agit d’architectures extrêmement lourdes, sans compter la question de la sécurité.

 

3.    Avez-vous noté, au sein de votre entreprise, des initiatives d’apprentissage spontanées généralisables ou qui ont été source d’inspiration pour vous ?

Récemment, j’ai constaté une initiative sur le parcours destiné à nos hauts potentiels[1]. Pendant six mois, ces 30 hauts potentiels se retrouvent régulièrement sur un campus à Genève et cela favorise clairement l’esprit de promo. Ainsi, très rapidement, ils expriment le souhait de maintenir cet esprit et de continuer à faire vivre la communauté.

Nous avons, donc par la suite, généralisé cette initiative en créant des communautés regroupant les personnes ayant assisté à une même formation en présentiel.  Nous leur donnons ainsi la possibilité de continuer à partager leurs retours d’expérience mais également d’assister à des conférences à distance.

Ces communautés jalonnent la mise en œuvre des nouveaux comportements ou de nouveaux savoirs acquis en formation. Cette initiative change tout par rapport au format d’apprentissage classique et a permis à nos cadres de réaliser qu’après l’apprentissage, l’apprentissage continue.

Nous demandons que chaque communauté soit sponsorisée par un cadre dirigeant de l’entreprise. Cela demande beaucoup d’engagement, de disponibilité et d’écoute de leur part. Ce rôle peut être très chronophage, il nous incombe, en tant qu’Université d’entreprise, de l’accompagner dans cette démarche. C’est d’autant plus indispensable que cela casse les niveaux hiérarchiques puisque l’on donne accès au top management à des collaborateurs qui n’imaginaient pas avoir accès à cette partie de l’entreprise.

 

4.    L’évolution de l’entreprise vers une organisation 2.0 doit-elle nécessairement passer par l’entreprise apprenante ?

L’organisation 2.0 n’est pas circonscrite à l’entreprise  apprenante. Le 2.0 touche toutes les strates de l’entreprise : la relation client, la R&D, le management… C’est une nouvelle composante structurante de l’entreprise.

Pour autant l’entreprise apprenante et l’organisation 2.0 ne sont pas indépendantes. En réalité, le 2.0 formalise l’entreprise apprenante : nous faisons systématiquement des retours d’expériences,  du suivi post formation, on se nourrit systématiquement de ce que les autres ont appris.

L’organisation 2.0 peut exister indépendamment de l’entreprise apprenante mais elle la favorise  en mettant à disposition les outils techniques qui permettent l’échange.

Finalement, l’entreprise apprenante existe désormais grâce au 2.0.

 

5.    Quels rôles pour les Universités d’entreprise dans cette évolution ?

Chez PSA, la mission essentielle de l’Université est d’être un acteur du changement stratégique en étant le bras armé de la stratégie du Groupe : global, indépendant et ouvert.

En tant que tel, l’Université d’entreprise ne peut qu’être le driver vers le passage vers une l’entreprise  apprenante 2.0. De par mon parcours au sein du Groupe, ma première volonté a été de crée le Campus Web pour qu’immédiatement l’Université ait un rôle d’ouverture, de mise à disposition et de changement.

Si l’Université ne mène pas ce changement, il se fera via des initiatives personnelles et donc de manière non structurante pour l’entreprise.

Notre rôle est bien là : donner du processus, dire ce qu’est une entreprise apprenante  et  définir les étapes.

 

Annick GENTES-KRUCH – Bio express : Entrée dans le Groupe PSA Peugeot Citroën en 1979, elle commence sa carrière à la Direction Informatique (centre de production de Sochaux) avant de rejoindre la Direction financière du Groupe en 1993.
En 2001, elle crée la Direction B2B du Groupe dont les objectifs sont la réduction des coûts globaux d’achat par la mise en œuvre de processus innovants (portail fournisseurs, outils collaboratifs…).
En Avril 2010, elle est appelée à créer l’Université de PSA Peugeot Citroën. Elle est également Chevalier de la Légion d’Honneur.

Annick GENTES-KRUCH participera à la Conférence EFE « L’Entreprise apprenante à l’ère du 2.0 » les 20 et 21 novembre prochains.


[1] Parcours destiné à une trentaine de collaborateurs ayant vocation à figurer dans le top 1000 de l’entreprise d’ici à cinq ans. Parcours dispensé à l’EFMD sur une période de 6 mois.